DGRINS : la fin du numérique en santé comme sujet à part
Une réflexion sur la place du numérique, de l’innovation et des données dans la transformation des politiques et des organisations de santé.

Ou comment l’État français tente de transformer ses infrastructures numériques en politique industrielle, scientifique et souveraine de santé
Il y a des réformes administratives qui ne disent pas leur nom. Et puis il y a celles qui, sous l’apparence d’un décret d’organisation, révèlent un changement profond de doctrine. La création de la Direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé, la DGRINS, appartient clairement à la deuxième catégorie. À première vue, le décret publié au Journal officiel du 20 juin 2026 pourrait passer pour une opération de tuyauterie administrative : on regroupe des équipes, on modifie des attributions, on crée des sous-directions, on réorganise l’administration centrale. Mais à y regarder de plus près, ce texte raconte autre chose. Il raconte la fin d’une époque : celle où le numérique en santé était encore pensé comme un chantier séparé, avec ses référentiels, ses plateformes, ses programmes, ses pilotes, ses agences, ses sigles, ses feuilles de route. Il raconte aussi l’entrée dans une nouvelle séquence : celle où le numérique, la donnée, l’intelligence artificielle, la recherche appliquée, l’innovation organisationnelle, les technologies de santé et les parcours de soins deviennent les pièces d’une même chaîne stratégique. La DGRINS n’est donc pas seulement une nouvelle direction. Elle est peut-être le signe que l’État français a enfin compris que le numérique en santé n’était pas un secteur.
C’est une infrastructure de transformation du système de santé.
Et c’est précisément là que commence le sujet.
De la DNS à la DGRINS : la fin de la phase “infrastructures”
Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir à la séquence 2019-2025. La création de la Délégation au numérique en santé avait un objectif clair : mettre de l’ordre dans un paysage éclaté, construire une doctrine nationale, fixer les règles du jeu et déployer les grands socles communs. Mon espace santé. L’INS. MSSanté. Pro Santé Connect. Les référentiels d’interopérabilité. Les exigences de sécurité. Le Ségur numérique. La doctrine du numérique en santé. L’Agence du numérique en santé comme bras opérationnel. La montée en puissance de la cybersécurité. L’idée d’un État plateforme. La DNS a donc joué un rôle essentiel : construire les routes. Mais une fois les routes construites, ou du moins engagées, une question beaucoup plus difficile apparaît : qu’est-ce qu’on fait circuler dessus ? Des documents ? Des données ? Des usages ? Des algorithmes ? Des parcours ? Des innovations ? Des modèles économiques ? Des décisions médicales ? Des politiques publiques ? C’est exactement le basculement que matérialise la DGRINS. Le décret ne se contente pas de reprendre les missions de la DNS. Il les élargit à la recherche, à l’innovation, aux expérimentations organisationnelles, à l’usage secondaire des données, à l’intelligence artificielle, aux produits et technologies de santé innovants, à la prospective, aux plans de santé publique, à la médecine génomique, aux maladies rares et à la transformation des parcours. Ce n’est donc plus une direction du numérique. C’est une direction de la chaîne de valeur de l’innovation en santé.
Encart – DGRINS : une réforme en deux temps
La création de la Direction générale de la recherche, de l'innovation et du numérique en santé (DGRINS) ne se résume pas à un simple changement d'organigramme. Les textes publiés au Journal officiel organisent en réalité une transition progressive entre l'ancien modèle et la future architecture de gouvernance.
Phase 1 : la transition (juin – novembre 2026)
Le décret du 18 juin 2026 crée officiellement la DGRINS. Dans le même temps, un arrêté organise une phase transitoire afin d'assurer la continuité des activités et le transfert progressif des équipes. Pendant cette période, sont placés sous l'autorité du futur directeur général : la sous-direction de la recherche et de l'innovation de la DGOS ; le département de la santé et de la transformation numérique ; les six pôles de l'ex-Délégation au numérique en santé (DNS) ; les équipes chargées des affaires réglementaires, européennes, des partenariats et de la communication ; les services en charge des expérimentations « Article 51 » et de l'innovation organisationnelle. • la sous-direction de la recherche et de l'innovation de la DGOS ; • le département de la santé et de la transformation numérique ; • les six pôles de l'ex-Délégation au numérique en santé (DNS) ; • les équipes chargées des affaires réglementaires, européennes, des partenariats et de la communication ; • les services en charge des expérimentations « Article 51 » et de l'innovation organisationnelle. Cette organisation transitoire est prévue jusqu'au 1er novembre 2026 au plus tard. Elle permet d'agréger progressivement des équipes qui relevaient jusqu'ici de structures différentes, sans interrompre les projets en cours.
Phase 2 : l'organisation définitive (à partir du 1er novembre 2026)
À compter du 1er novembre 2026, la DGRINS adoptera son organisation cible autour de quatre sous-directions opérationnelles et d'un pôle stratégique.
1. Sous-direction de la résilience et de la confiance numérique
Elle reprend l'héritage historique de la DNS : cybersécurité ; interopérabilité ; identité numérique ; référentiels ; éthique ; déploiement des services socles nationaux. • cybersécurité ; • interopérabilité ; • identité numérique ; • référentiels ; • éthique ; • déploiement des services socles nationaux. C'est le garant de la confiance numérique du système de santé.
2. Sous-direction de la recherche et du transfert de technologies
Elle assure : la stratégie nationale de recherche en santé ; le financement de la recherche appliquée ; les maladies rares ; la médecine génomique ; la valorisation des résultats scientifiques ; le transfert vers les acteurs économiques. • la stratégie nationale de recherche en santé ; • le financement de la recherche appliquée ; • les maladies rares ; • la médecine génomique ; • la valorisation des résultats scientifiques ; • le transfert vers les acteurs économiques. Elle constitue le pont entre laboratoire, clinique et industrie.
3. Sous-direction de l'accélération de l'innovation
Probablement la structure la plus stratégique de la nouvelle direction. Elle est chargée : du financement de l'innovation ; de l'accompagnement des acteurs ; de la gouvernance des données de santé ; de l'usage secondaire des données ; du développement des usages de l'intelligence artificielle. • du financement de l'innovation ; • de l'accompagnement des acteurs ; • de la gouvernance des données de santé ; • de l'usage secondaire des données ; • du développement des usages de l'intelligence artificielle. Cette sous-direction concentre une part importante des missions historiquement portées par l'Agence de l'innovation en santé.
4. Sous-direction de la transformation et des parcours
Elle pilote : les transformations organisationnelles ; les innovations de parcours ; les expérimentations ; les démarches inspirées de l'Article 51 ; l'amélioration de la coordination des prises en charge. • les transformations organisationnelles ; • les innovations de parcours ; • les expérimentations ; • les démarches inspirées de l'Article 51 ; • l'amélioration de la coordination des prises en charge. Son ambition est de relier innovation technologique et transformation réelle du soin.
5. Pôle de la stratégie réglementaire et internationale
Ce pôle est chargé : des affaires européennes ; des réglementations liées à l'innovation ; de la représentation française dans les instances internationales ; de l'alignement avec les grands textes européens (EHDS, IA Act, NIS2, etc.). • des affaires européennes ; • des réglementations liées à l'innovation ; • de la représentation française dans les instances internationales ; • de l'alignement avec les grands textes européens (EHDS, IA Act, NIS2, etc.).
Trois missions transversales directement rattachées au directeur général
La DGRINS se distingue également par la création de trois missions stratégiques placées directement auprès de sa direction : Produits et technologies de santé innovants ; Prospective, anticipation et priorisation ; Guichet fédéré d'accompagnement des acteurs de l'innovation et animation territoriale. • Produits et technologies de santé innovants ; • Prospective, anticipation et priorisation ; • Guichet fédéré d'accompagnement des acteurs de l'innovation et animation territoriale.
Une architecture inédite
Pour la première fois, une même direction générale regroupera : numérique + données + IA + recherche + innovation + expérimentation + transformation des parcours. L'objectif affiché est clair : passer d'un système où les responsabilités étaient dispersées entre plusieurs administrations à une gouvernance intégrée de l'innovation en santé. Reste désormais à savoir si cette concentration des compétences permettra réellement d'accélérer les déploiements, de simplifier les parcours administratifs et de réduire les délais auxquels sont confrontés les industriels, les chercheurs, les établissements de santé et les start-up.
La donnée devient le centre de gravité
Le point le plus stratégique du texte n’est pas la disparition de la DNS comme structure autonome. Ce n’est même pas l’absorption d’une grande partie des missions de l’Agence de l’innovation en santé. Le point central, c’est la donnée. Le décret confie à la DGRINS le pilotage de la gouvernance des données de santé et la définition des règles de leur mise à disposition à des fins d’usage secondaire. L’arrêté d’organisation va encore plus loin : il rattache cette fonction à la sous-direction de l’accélération de l’innovation, qui doit favoriser l’utilisation secondaire des données, y compris à des fins de développement de l’intelligence artificielle. Autrement dit, la donnée n’est plus seulement un sujet de conformité, d’accès ou d’hébergement. Elle devient un instrument d’innovation. C’est une rupture conceptuelle majeure. Pendant longtemps, les données de santé ont été principalement regardées à travers trois prismes : le risque juridique, le risque technique, le risque politique. • le risque juridique, • le risque technique, • le risque politique. RGPD. CNIL. Hébergement. Consentement. Souveraineté. Microsoft. Cloud. Sécurité. Secret médical. Ces sujets restent évidemment fondamentaux. Mais ils ne suffisent plus à décrire l’enjeu. La question devient désormais : comment transformer les données de santé en capacité collective de recherche, d’évaluation, d’innovation et d’intelligence artificielle ? Cette question est au cœur de la compétition internationale. Elle est au cœur de la médecine personnalisée. Elle est au cœur de l’évaluation des dispositifs médicaux numériques. Elle est au cœur de l’IA clinique. Elle est au cœur de la recherche observationnelle. Elle est au cœur du pilotage des parcours. Elle est au cœur de la souveraineté sanitaire. Et c’est précisément pour cela que le renommage du Health Data Hub en Plateforme des données de santé n’est pas cosmétique. Le mot “hub” racontait une époque : celle de la plateforme agile, expérimentale, presque start-up d’État. Le terme “Plateforme des données de santé” raconte autre chose : une infrastructure publique pérenne, institutionnelle, stratégique, lisible à l’échelle nationale et internationale. La France semble sortir progressivement de la logique du prototype pour entrer dans celle de l’infrastructure d’État.
L’AIS ne disparaît pas : elle s’institutionnalise
La question du devenir de l’Agence de l’innovation en santé est l’un des nœuds politiques de cette réforme. L’AIS avait été créée pour accélérer l’innovation, suivre le plan Innovation Santé 2030, accompagner les projets stratégiques, anticiper les besoins du système de santé, fluidifier les processus d’accès au marché et rapprocher recherche, industrie et usages. Elle incarnait une volonté de rupture avec la lenteur administrative traditionnelle. Mais elle portait aussi une tension : comment faire de l’innovation une politique publique durable lorsqu’elle est portée par une structure de mission, elle-même adossée à une logique d’investissement exceptionnel ?
France 2030 a créé une impulsion. L’AIS a créé un accélérateur. La DGRINS cherche manifestement à créer une institution.
C’est une bascule importante. En absorbant la majeure partie des effectifs et des fonctions de l’AIS, la DGRINS ne supprime pas l’innovation : elle la normalise. Elle l’inscrit dans l’administration centrale. Elle fait de l’innovation en santé non plus un programme, mais une fonction permanente de l’État. C’est à la fois une chance et un risque. La chance : sortir de la fragmentation. Aujourd’hui, un industriel, une start-up, un CHU, un chercheur ou un porteur de dispositif médical numérique doit naviguer entre une multitude d’acteurs : DNS, ANS, AIS, DGOS, DSS, DGS, CNAM, HAS, CNIL, ARS, PDS, France 2030, SGPI, opérateurs de recherche, guichets régionaux. Le parcours de l’innovation ressemble parfois à un parcours patient : beaucoup de portes d’entrée, peu de coordination, des délais, des ruptures, des redondances, des injonctions contradictoires. La promesse de la DGRINS, c’est donc la simplification. Mais le risque existe aussi : celui de transformer l’accélération en administration de l’accélération. L’innovation déteste les silos (et la santé aussi). Mais elle peut aussi mourir dans les comités. La vraie question sera donc simple : la DGRINS sera-t-elle une tour de contrôle ou une tour d’ivoire ?
L’article 51 entre dans la même chaîne
L’intégration de la mission article 51 est un autre signal fort. L’article 51 n’est pas un dispositif numérique. C’est un dispositif d’innovation organisationnelle. Il permet d’expérimenter de nouveaux modes de financement, de coordination, de prise en charge et de parcours. Son rattachement à la même dynamique que la recherche, la donnée, l’innovation et le numérique dit quelque chose de très important : l’État semble enfin reconnaître que la transformation numérique ne se joue pas seulement dans les outils. Elle se joue dans les organisations. Une IA clinique ne transforme rien si le parcours reste inchangé. Un dispositif connecté ne transforme rien si le modèle de financement ne suit pas. Un entrepôt de données ne transforme rien si les équipes ne savent pas l’exploiter. Une plateforme ne transforme rien si les professionnels la vivent comme une couche supplémentaire de complexité. C’est probablement l’un des points les plus féconds de la DGRINS : relier la technologie aux parcours. La sous-direction de la transformation et des parcours est donc à surveiller de très près. Elle pourrait devenir le lieu où l’on cesse de parler du numérique en santé comme d’un sujet d’équipement pour le penser comme un sujet d’organisation du soin. Et c’est là que le numérique devient vraiment politique.
La prospective entre enfin dans l’administration sanitaire
Autre élément majeur : la prospective. Le décret attribue à la DGRINS une mission de veille prospective visant à identifier les évolutions scientifiques, technologiques et organisationnelles susceptibles d’avoir un impact sur le système de santé et les prises en charge sanitaires et médico-sociales. Ce point peut sembler secondaire. Il ne l’est pas. Il signifie que l’État veut se doter d’une capacité d’anticipation dans un environnement où les cycles technologiques deviennent plus rapides que les cycles réglementaires. L’IA générative a pris de vitesse les institutions. Les modèles multimodaux vont prendre de vitesse les référentiels d’évaluation. Les agents autonomes vont prendre de vitesse les cadres de responsabilité. Les dispositifs médicaux logiciels vont prendre de vitesse les circuits classiques de remboursement. Les jumeaux numériques vont prendre de vitesse les catégories actuelles entre recherche, soin et simulation. La génomique, la biologie computationnelle et la médecine personnalisée vont prendre de vitesse les organisations hospitalières. L’enjeu n’est donc plus seulement de réguler ce qui existe. Il est d’anticiper ce qui va arriver. C’est un changement culturel considérable pour une administration de santé historiquement construite autour de la norme, du contrôle, de la planification et de la gestion du risque. La prospective oblige à raisonner autrement : non plus seulement “est-ce conforme ?”, mais “qu’est-ce que cela va déplacer ?” Qui sera responsable lorsqu’un agent IA préparera une décision clinique ? Qui évaluera les modèles continuellement apprenants ? Qui garantira la non-discrimination algorithmique dans les parcours ? Qui arbitrera entre souveraineté, performance et accès rapide à l’innovation ? Qui financera les innovations qui réduisent les hospitalisations mais ne rentrent pas dans les cases tarifaires ? Qui décidera qu’une donnée produite dans le soin peut devenir une ressource de recherche, puis un actif industriel ? Ces questions ne sont pas techniques. Elles sont institutionnelles.
Le vrai sujet : souveraineté ou verticalisation bureaucratique ?
La DGRINS est donc porteuse d’une ambition : intégrer ce qui était dispersé. Mais l’intégration n’est pas toujours synonyme de fluidité. On peut lire cette réforme de deux façons. Lecture optimiste : la France se dote enfin d’un pilote stratégique capable de relier numérique, données, IA, recherche, innovation, financement, expérimentation et transformation des parcours. Elle se rapproche des modèles les plus avancés, où la donnée de santé est pensée comme une infrastructure nationale au service de la recherche, de l’innovation et de la qualité des soins. Lecture critique : l’État concentre dans une même direction des missions très larges, très hétérogènes, potentiellement contradictoires, avec le risque de créer un super-silo au lieu de supprimer les silos existants. Car les tensions seront nombreuses. Tension entre souveraineté et attractivité. Tension entre innovation rapide et sécurité des patients. Tension entre usage secondaire des données et confiance citoyenne. Tension entre recherche publique et valorisation industrielle. Tension entre pilotage national et réalités territoriales. Tension entre doctrine technique et capacité réelle de déploiement. Tension entre promesse d’IA et dette numérique des établissements. Tension entre transformation des parcours et épuisement des professionnels. La DGRINS ne réussira pas parce qu’elle regroupe des compétences. Elle réussira seulement si elle sait arbitrer ces tensions.
L’Europe en arrière-plan : EHDS, IA Act, cybersécurité
Il faut aussi replacer cette réforme dans le contexte européen. L’Espace européen des données de santé va profondément modifier les conditions d’accès, de partage et d’usage secondaire des données de santé. L’IA Act impose un cadre de gestion des risques pour les systèmes d’intelligence artificielle, avec des implications fortes pour les dispositifs utilisés en santé. NIS2 et les exigences de cybersécurité renforcent la pression sur les acteurs sanitaires et médico-sociaux. Dans ce contexte, la France ne peut plus se contenter d’une gouvernance éclatée. La question européenne va devenir structurante : qui représente la France ? qui définit la doctrine ? qui arbitre les positions entre santé, recherche, industrie, numérique, données et souveraineté ? qui prépare les acteurs français à jouer dans l’espace européen des données ? qui transforme les textes européens en capacité opérationnelle ? La création d’un pôle de stratégie réglementaire et internationale au sein de la DGRINS est donc loin d’être anodine. L’innovation en santé ne se jouera plus seulement dans les hôpitaux, les start-up ou les laboratoires. Elle se jouera aussi dans les arènes réglementaires européennes.
Celui qui maîtrise la norme maîtrise une partie du marché.
Le risque oublié : la confiance
Dans cette grande recomposition, un mot doit rester central : confiance. La confiance des patients. La confiance des professionnels. La confiance des établissements. La confiance des industriels. La confiance des chercheurs. La confiance des citoyens. La DGRINS pourra piloter la donnée, l’IA, les plateformes, les référentiels et l’innovation. Mais si la société ne comprend pas ce qui est fait de ses données, si les professionnels ont le sentiment que les outils leur sont imposés, si les citoyens perçoivent la donnée de santé comme une matière première exploitée sans contrepartie collective claire, alors la stratégie se heurtera à un mur. La souveraineté ne se résume pas à l’hébergeur. Elle se joue aussi dans la gouvernance. Dans la transparence. Dans la capacité à expliquer. Dans la possibilité de contrôler. Dans la distribution de la valeur créée. Dans le lien entre donnée collectée et bénéfice concret pour les patients. C’est là que le sujet devient profondément iatrogénique. Une politique de la donnée peut soigner le système. Elle peut aussi produire ses propres effets indésirables. Elle peut accélérer la recherche. Mais aussi renforcer la défiance. Elle peut personnaliser les parcours. Mais aussi standardiser les comportements. Elle peut améliorer l’évaluation. Mais aussi installer une bureaucratie de la mesure. Elle peut soutenir l’innovation. Mais aussi favoriser les acteurs capables de survivre aux guichets, aux normes et aux appels à projets. Elle peut produire de la souveraineté. Mais aussi créer une nouvelle dépendance à quelques plateformes nationales. L’enjeu n’est donc pas seulement de faire circuler les données. C’est de savoir au nom de quoi, pour qui, avec quels garde-fous et avec quel retour vers le soin.
Ce que la DGRINS devra prouver
La DGRINS sera jugée sur quelques questions très concrètes. Première question : saura-t-elle réduire les délais ? Les acteurs de l’innovation en santé ne manquent pas seulement de financements. Ils manquent de lisibilité, de temporalité compatible avec le développement industriel, de points d’entrée simples, de doctrine stable, de passerelles entre expérimentation, évaluation, remboursement et déploiement. Deuxième question : saura-t-elle articuler national et territorial ? L’innovation en santé échoue souvent au moment du passage à l’échelle. Ce qui fonctionne dans un CHU pilote ne fonctionne pas nécessairement dans un centre hospitalier périphérique, un cabinet libéral, un EHPAD, un service à domicile ou un territoire sous-doté. Troisième question : saura-t-elle relier technologie et organisation ? Une innovation numérique n’est jamais seulement numérique. Elle déplace du travail, des responsabilités, des flux, des compétences, des décisions, des risques. Quatrième question : saura-t-elle créer une doctrine française de l’IA en santé ? Pas seulement une doctrine de conformité. Une doctrine d’usage, d’évaluation, de responsabilité, d’explicabilité, de performance clinique, de mise à jour, de surveillance post-déploiement et d’intégration dans les parcours. Cinquième question : saura-t-elle éviter la capture par les acteurs les mieux armés ? L’innovation publique a souvent un biais : ceux qui savent parler le langage des appels à projets, des consortiums et des guichets captent mieux les opportunités que ceux qui portent les besoins les plus proches du terrain.
Une réforme de souveraineté sanitaire
Au fond, la DGRINS doit être lue comme une réforme de souveraineté sanitaire. Mais pas au sens étroit du terme. La souveraineté ne consiste pas seulement à héberger des données en France ou à produire des dispositifs médicaux sur le territoire. Elle consiste à maîtriser les conditions de production, de circulation, d’évaluation et de transformation de la connaissance en santé. Savoir quelles données existent. Savoir qui peut les utiliser. Savoir à quelles conditions. Savoir comment elles alimentent la recherche. Savoir comment la recherche devient innovation. Savoir comment l’innovation devient usage. Savoir comment l’usage transforme les parcours. Savoir comment les bénéfices reviennent aux patients, aux professionnels et au système. C’est cette chaîne qui est en train d’être institutionnalisée. La DGRINS est donc bien plus qu’un organigramme. Elle est une tentative de réponse à une question stratégique : comment faire de la France non plus seulement un pays qui numérise son système de santé, mais un pays capable de produire, évaluer, maîtriser et déployer les innovations de santé de demain ?
La punchline
La création de la DGRINS marque probablement la fin du “numérique en santé” comme politique publique autonome. Désormais, le numérique n’est plus le sujet. Le sujet, c’est la capacité d’un système de santé à transformer ses données, sa recherche, ses infrastructures et ses innovations en bénéfices concrets pour les patients, les professionnels et les territoires. C’est ambitieux. C’est nécessaire. C’est risqué. Car une direction générale ne transforme pas un système par décret. Elle peut créer les conditions de la transformation. Elle peut aligner les acteurs. Elle peut simplifier les parcours. Elle peut clarifier les responsabilités. Elle peut accélérer les usages. Elle peut porter une doctrine. Mais elle devra éviter deux pièges. Le premier : croire que l’intégration administrative suffit à produire de l’impact. Le second : oublier que l’innovation en santé n’a de valeur que si elle améliore réellement le soin, l’accès, la qualité, la sécurité, la soutenabilité et la confiance.
La DGRINS sera peut-être la direction générale qui fera entrer la France dans l’âge de l’IA, de la donnée et de l’innovation systémique en santé.
Ou elle deviendra un guichet de plus.
Toute la question est là.
Et c’est précisément pour cela qu’il faudra la regarder de très près.
Sources principales : décret créant la DGRINS et missions associées ; arrêté d’organisation transitoire ; arrêté d’organisation définitive avec les sous-directions ; feuille de route DNS 2023-2027 et rôle historique de la DNS ; lancement et missions de l’AIS ; évolution du Health Data Hub en Plateforme des données de santé . Stéphanie Combes Dominique Pon Gwendal Le Grand Laura Létourneau Lise ALTER Cécile Courrèges Thomas Fatôme Bruno Bonnell Clara Chappaz Stephanie RIST Benoit Vallet Philippe Besset Marianne Tordeux Bitker Jean-Urbain Hubau Pierre-Louis Bras Virginie Beaumeunier Julien Delpech Emilie Mercadal Antoine Tesniere David Gruson Vincent Montet Nicolas MENET Bertrand WERT PhD. Benoît Thieulin Emmanuel R. Goffi, PhD Dr. Luc JULIA Cédric Villani laurent alexandre Agence du Numérique en Santé Agence de l'innovation en santé Plateforme des données de santé Jean-Christophe Zerbini ♦️David PETAUTON♦️ Hela Ghariani Ministère de la Santé Assurance Maladie Haute Autorité de Santé Lionel Collet Corinne Collignon ANSM Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé CNIL Santé publique France Inserm inca PariSanté Campus G_NIUS Collège numérique France 2030 Secrétariat général pour l'investissement France Biotech HealthTech For Care Snitem William ROLLAND Laurence Comte-Arassus 🇫🇷 French Healthcare Association Future4care Medicen Paris Region David Sainati Giovanna Marsico Philippe Gesnouin Christelle Ayache Charles Édouard Escurat Arthur Dauphin Didier AMBROISE Franck Mouthon Fabrice Brunet Francis Mambrini Stéphanie Allassonniere Thomas Jan Yann Bubien Anne BEINIER Isabelle Zablit-Schmitz Maurice Hayot Odile Tillon-Fauré Julie Lagrave Line LIGOUT-FARAH Louisa Stüwe Grégoire Pigné Jean-Emmanuel Bibault Barbara Mathian Pascale GELIN Dr Céline ORHOND Dr Jean Louis Fraysse Jean-Luc Stanislas Jean-Marc Pocard Mohammed El Bojaddaini Antonin Tabard Guillaume Grallet Patrick Callier Yasmina LEROUL Maxime Gobin, PhD Emmanuel Cuny Caroline Chauché Marc Chevalier, PhD Clémence Roy Madeleine Moscatelli Nicolas Pellerin Joelle Martin-Gauthier Xavier Maurin Sylvain Demontoy Marie-Astrid Meyer Nicolas Meynaud Odile Moly Renaud Degas Merryl Marcout Céleste de Rufz de Lavison Isabelle Boudon Lise Lemonnier Frédéric Girard Valerie Taly Stéphane OHAYON Rémy TESTON Nicolas Schneider Chanfi MAOULIDA Guillaume de DURAT Anthony Gomes de Carvalho Jean-Baptiste Milone Arnauld Leservot Carole Dorphin FEIMA Fédération Benjamin Kammoun
Texte récupéré depuis la publication d’origine le 21 octobre 2026. Les informations sont à lire à leur date de publication. Les liens et médias d’origine se consultent sur LinkedIn.
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